Bien comprendre les dessous de la guerre ouverte entre Free et Bouygues

Bien comprendre les dessous de la guerre ouverte entre Free et Bouygues

Vous souvenez-vous de la violente attaque lancée contre Xavier Niel par Martin Bouygues en avril dernier lorsque Free arrivait sur le marché de la téléphonie mobile ? Aujourd'hui, c'est Maxime Lombardini, Directeur Général d'Iliad, qui répond et qui attaque à son tour. Mais pourquoi ces deux opérateurs se livrent à une guerre ouverte, guerre commerciale et technologique qui en deviendrait presque une guerre idéologique à y regarder de plus près ?

 

Depuis que l'entreprise Free est arrivée sur le marché du mobile, les règles ont changé. Grâce à un contrat d'itinérance avec Orange plus qu'avantageux, Free a pu se permettre de vendre à des prix d'abonnement imbattables des forfaits mobile sans déployer de réseau. Free avoue d'ailleurs n'avoir dépensé que 130 millions d'euros dans son réseau mobile, un chiffre qui semble dérisoire à comparer aux investissements de Bouygues qui, entre 2010 et 2011, a dépensé plus d'un milliard d'euros.

On peut s'interroger sur les raisons qui ont amené Free à se positionner sur le marché du mobile si ce n'est pas pour, à terme, utiliser et rentabiliser son propre réseau. Pour comprendre, il est primordial de savoir que le marché du fixe (ADSL et téléphone fixe) est une vache à lait hyper rentable pour Free. Sauf que les consommateurs achètent maintenant des offres quadruple play, plus seulement la sacro-sainte offre triple play qui a fait (et continue de faire) la gloire de Free.

Pour continuer à vendre son offre historique, Free devait lui adjoindre une offre mobile, quitte à perdre de l'argent sur ce segment. En effet, malgré le succès commercial de l'offre mobile de Free, cette activité (uniquement la branche mobile) n'est pas rentable. Illiad continue d'être une société rentable grâce aux bénéfices tirés de l'ADSL. En un mot, Free a fait un choix commercial : perdre quelques euros par mois par forfait sur le mobile pour conserver ses clients ADSL à la maison, et gagner plus que les pertes mobiles grâce à cette offre.

Et Free semble toujours s'intéresser à l'ADSL. La société multiplie les dégroupages et les investissements dans le déploiement de son réseau ADSL. Un paradoxe pour une société qui se dit « premier déployeur de fibre en France » ; avec seulement 28 .000 abonnés et 450.000 foyers raccordables, il est difficile pour Xavier Niel d'espérer ce titre.

Du coup, l'attaque de Maxime Lombardini contre Bouygues Telecom concernant son manque d'investissement dans la fibre optique tombe dans le vide. Certes, Bouygues est une marque blanche de Numericable, leader de la fibre optique française avec plus de 500.000 abonnés et plus de 4 millions de foyers raccordables, mais Free ne semble pas vraiment pouvoir lui faire la leçon quand on pense que la société de Xavier Niel voulait atteindre 700.000 abonnés fibre optique et plus de 4 millions de foyers raccordables avant la fin de l'année courante. Objectif perdu d'avance.

Mais ce n'est pas tout. Si Free tient tant à son réseau ADSL c'est aussi sans doute car la société compte commercialiser le VDSL2 dans les mois qui viennent, soit dès que l'Arcep aura donné son feu vert. Une annonce étonnante alors que Free vient d'obtenir un prêt de 200 millions d'euros pour déployer son réseau fibre optique. Déployer la fibre optique et commercialiser la technologie qui risque d'en freiner l’essor ? Etrange calendrier…

Le VDSL2, sorte d'évolution de l'ADSL, permet, sur le court terme, de déployer un Très Haut Débit via l'architecture cuivre, soit l'architecture déjà existante et donc sans nécessité de déployer un réseau fibre optique. Orange aussi serait très intéressée par l'ouverture de ce marché. Les débits qui seront alors proposés via le VDSL2 seront évidemment plus forts que l'ADSL mais bien inférieurs à ceux de la fibre optique. Au niveau des débits théoriques, l'architecture xDSL ne peut absolument pas égaler la fibre optique qui, elle, peut atteindre des débits de l'ordre du Térabit

Free réussit pour le moment à sauver sa rentabilité à court terme (même si les dernières communications financières d'Illiad laissent entrevoir une chute de la rentabilité) alors que le déploiement de la fibre optique est un investissement sur le long terme certes plus cher mais pour une technologie évolutive qui sera à la pointe des communications durant de longues années, pari que l'opérateur historique Orange et surtout Numéricable, leader français, font quant à eux.

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