Téléphonie mobile : un marché en plein chantier

Téléphonie mobile : un marché en plein chantier

Depuis 2012 et l’arrivée de Free mobile, le secteur des télécoms enchaînent les rebondissements. Numericable rachète SFR, puis Virgin Mobile et aujourd’hui, c’est Bouygues qui chercherait un repreneur, entraînant un retour probable à un marché à trois opérateurs. Focus sur les grands changements d’hier et les bouleversements de demain.

Fusions, rachats et concurrence

Le secteur des télécoms français n’en finira jamais de faire parler de lui cette année. Après un échec auprès de SFR et des rumeurs de rapprochement avec Free, Bouygues Telecom se rapprocherait aujourd’hui d’Orange. Selon le site Les Échos, l’opérateur historique serait en effet intéressé par l’entreprise de Martin Bouygues. Une thèse que le PDG d’Orange, Stéphane Richard, ne confirme pas, mais n’infirme pas non plus. « On évalue nos options », a-t-il déclaré au quotidien économique. Un flou intentionnel également pratiqué par le directeur général adjoint d’Orange, Pierre Louette, qui affirme simplement réfléchir et « parler commerce » avec Bouygues, sans plus de détails.

Si le doute subsiste donc quant à un véritable rapprochement entre les deux opérateurs, sa pertinence est d’ores et déjà remise en question. Les analystes de la Société Générale se sont penchés sur la question et la conclusion est assez critique : « une acquisition potentielle de Bouygues Telecom par Orange n’a aucune logique industrielle ». Un mariage Bouygues/Orange entrainerait en effet la création d’une entité possédant 60 % des antennes 3G du pays, 80 % des antennes 4G, 49 % des abonnés mobiles du pays et 60 % du chiffre d’affaires total du secteur. Des chiffres qui ont peu de chance de passer auprès de l’Autorité de la concurrence.

Ce ne serait pourtant pas la première surprise dans le secteur, et probablement pas la dernière. Le marché de la téléphonie mobile subit en effet de grands bouleversements depuis près de deux années. En 2012, le marché s’ouvre pour un 4e opérateur et Free débarque avec la ferme intention de casser les prix. Après un an de concurrence intense entre les opérateurs, au premier trimestre de cette année, Vivendi a décidé de céder son opérateur SFR. Bouygues Telecom et Numericable sont candidats et c’est finalement le deuxième qui emporte le pactole. L’année 2014, décidément marquée par la croissance de Numericable dans le secteur, sera également le témoin du rachat de Virgin Mobile par l’entreprise de Patrick Drahi.

Un champion de la convergence fixe-mobile est en train de se créer et ça ne plait pas ni à Orange ni à Free. Les deux opérateurs demandent depuis plusieurs semaines  aux autorités le dégroupage du réseau câblé de Numericable, afin de récupérer un peu de terrain sur le marché du fixe. Malheureusement pour eux, selon le Président de l’Arcep, Jean-Ludovic Silicani, effectuer un dégroupage comme ce qui a été fait pour le cuivre sur le réseau câblé de Numericable est « quasi impossible » tant la technologie utilisée par le câblo-opérateur est complexe. Une problématique mise au second plan par la question qui taraude tous les acteurs des télécoms français aujourd’hui : l’avenir du secteur de fera-t-il à 3 ou à 4 ?

Trois ou quatre opérateurs : quelles conséquences pour les consommateurs ?

« Le retour à trois opérateurs est inéluctable (…) notre position est claire et ferme : nous militons pour ce retour à trois opérateurs », déclarait Arnaud Montebourg au forum télécoms début juin. Rétrécir le marché à 3 opérateurs est-il vraiment indispensable ? Pour Jean-Luc Silicani, la réponse est non. Il précise que depuis l’arrivée de Free et la révolution des prix qui a suivi, ce n’est plus le nombre d’opérateurs qui compte, mais la qualité du service et l’équilibrage des prix. Bien que diminuer le nombre d’acteurs dans le secteur ne soit pas nécessaire aujourd’hui, cette thèse paraît plus que probable. Bouygues Telecom est en effet dans une situation économique compliquée et se retrouve isolée des autres opérateurs. Si certains voient l’entreprise déjà morte et enterrée, un dépôt de bilan serait surprenant. 

« Bouygues Telecom ne va pas déposer le bilan, il dégagera un peu de cash flow. Mais une vente pourrait rapporter au moins 4 à 5 milliards d’euros alors qu’il ne vaut que 2,5 à 3 milliards en actualisant ces cash flows », explique un analyste. La thèse d’une vente paraît donc la plus probable. Ce sera soit Orange soit Free, mais céder son entreprise est plus facile à dire qu’à faire pour Martin Bouygues qui se retrouve face à de nombreux obstacles. Si une fusion Bouygues/Orange pourrait entrainer des problèmes de concurrence, le rachat de Bouygues par Free ne serait possible que si leurs deux PDG arrêtaient de « s’autodétruire », précise Arnaud Montebourg. Le flou le plus total subsiste donc sur l’avenir des télécoms qui ont aujourd’hui trois portes de sortie : un marché à 4 opérateurs avec Bouygues Telecom qui survit tant bien que mal, un marché à 3 opérateurs parmi lesquels le superpuissant Orange/Bouygues ou un marché à 3 opérateurs dans lequel Free et Bouygues ont finalement réussi à s’entendre.

Pour les consommateurs, qu’importe l’issue, les conséquences sur les prix seraient apparemment les mêmes. Bruno Lasserre, le Président de l’Autorité de la concurrence, explique en effet qu’ « il n’y a pas de corrélation absolue entre le nombre d’opérateurs et la concurrence. Il n’y a pas de chiffre magique. Ce sont la qualité et les incitations des acteurs qui comptent ». C’est la continuité de la stratégie entamée par Free et poursuivie par les autres opérateurs qui comptent. Depuis 2012, les prix n’ont pas arrêté de baisser, de 11,4 % cette année-là à 27,2 % en 2013. Les opérateurs du pays réalisent désormais des marges parmi les plus faibles du monde. Seul le prix des données (DATA) leur permet encore de renouer avec leur chiffre d’affaires d’antan. Ils misent donc tout naturellement sur la 4G, qui a cependant encore du mal à atteindre le cœur des Français. Pour les analystes, l’avenir du marché sur ce point est clair : il n’y aura probablement ni baisse ni hausse de prix.

Une phase d’observation des opérateurs pour peut-être une stabilisation du secteur qui ne se porte pas si mal que cela. Rappelons que le revenu des opérateurs de communications électroniques sur le marché final s’élève à 9,4 milliards d’euros au quatrième trimestre 2013 selon le dernier Observatoire des marchés de l’Arcep. Finalement, le marché se porte bien malgré de grands bouleversements dont les consommateurs ne risquent pas de se plaindre.

COMMENTER

Please enter your comment!
Please enter your name here